Arrivées en France à la rentrée 2021, les cigarettes électroniques jetables ont connu une diffusion foudroyante chez les adolescents, portées par leurs arômes sucrés, leurs packagings colorés et une forte présence sur les réseaux sociaux. La loi n° 2025-175, promulguée le 24 février 2025, a mis fin à leur vente sur le territoire, avec effet immédiat et des amendes pouvant atteindre 100 000 euros. Mais l’impact sanitaire, notamment sur la santé bucco-dentaire, mérite qu’on s’y attarde.

Un produit jetable, mais pas anodin

Une puff est une cigarette électronique à usage unique, préremplie d’e-liquide, équipée d’une batterie intégrée et conçue pour être jetée après épuisement. Contrairement à une puff, une cigarette électronique rechargeable peut être entretenue sur la durée, avec remplacement régulier de sa résistance. La puff, elle, ne se démonte pas et ne s’entretient pas.

Ce format jetable contient néanmoins de la nicotine, de la glycérine végétale, du propylène glycol et des arômes dont la sécurité à l’inhalation n’est pas établie. Selon les données OFDT publiées en avril 2026, en 2024, 39,4 % des lycéens avaient déjà expérimenté une puff, et 11,5 % des collégiens avaient utilisé ce type de produit sans jamais avoir vapotė auparavant. Des chiffres qui décrivent la situation avant l’entrée en vigueur de l’interdiction.

Des effets concrets sur les dents et les gencives

La nicotine contenue dans les puffs réduit le flux sanguin vers les gencives et perturbe la fonction immunitaire locale, augmentant le risque de maladies parodontales et, à terme, de perte de dents. Mais ce n’est pas le seul point d’alerte. La glycérine végétale, combinée aux arômes, multiplie par quatre l’adhérence des bactéries à l’émail dentaire et double la formation de biofilm, principal responsable des caries et des gingivites. Une étude citée par le Dr Éric Tran, chirurgien-dentiste, fait état d’une diminution de 27 % de la dureté de l’émail chez les utilisateurs de cigarettes électroniques aromatisées.

La bouche sèche est par ailleurs l’un des effets secondaires les plus fréquemment rapportés. Sans salive suffisante, les bactéries prolifèrent plus facilement. Les aérosols contiennent aussi du formaldéhyde et du plomb, substances dont l’exposition répétée peut augmenter le risque de cancer buccal. 

Après l’interdiction, la vigilance reste de mise

Malgré la loi du 24 février 2025, des puffs restent disponibles dans certains points de vente, et des produits rechargeables reprenant leurs codes visuels et aromatiques ont émergé pour contourner l’interdiction. L’OMS a appelé en mai 2025 à interdire en urgence les produits nicotiniques aromatisés, pointant précisément ce type de stratégie marketing ciblant les adolescents.

La baisse du tabagisme chez les jeunes est réelle : le tabagisme quotidien des lycéens est passé de 17,5 % en 2018 à 5,5 % en 2024. Mais la nicotine, elle, ne disparaît pas : elle change simplement de forme. C’est là tout l’enjeu de la surveillance que doivent exercer les professionnels de santé, y compris les chirurgiens-dentistes, souvent en première ligne pour détecter les signes précoces d’une consommation nicotinique chez leurs jeunes patients.